Paris Climat 2015 : La COP21 pour les nuls

Du 30 novembre au 11 décembre, Paris accueillera la plus grosse conférence jamais organisée sur le sol français, la COP21. 196 pays seront réunis, dont 80 seront représentés par leur chef d’État en personne, dans le but de négocier à l’arraché un accord historique sur le climat. Historique parce que consensuel et contraignant, ou historique parce que minimaliste et superficiel mais historique dans tous les cas.

Déjà, ça veut dire quoi COP21 ?

C’est pas compliqué ! La COP21, c’est « rien de moins » que la 21ème Conférence des Parties (COP) à la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC). La convention, ratifiée par 196 pays au sommet de Rio en 1992, est divisée en plusieurs annexes. L’annexe 1 rassemble tous les pays dits « développés » et 14 émergents comme la Turquie, la Russie et autres pays de l’Est. L’annexe 2 regroupe tous les autres pays non développés et dont la responsabilité pour le réchauffement climatique est plus difficilement imputable. Non pas parce qu’ils ne polluent pas, mais parce qu’ils polluent depuis moins longtemps et que leur situation économique ne leur permet pas (à priori, et c’est là l’un des grands préjugés qui perdure) de réaliser des « sacrifices » aussi grands que leurs voisins développés. Cette division opère donc une distinction entre les pays signataires de façon à ce que les pays de l’annexe 1 devront contribuer plus fortement à la lutte contre le dérèglement climatique. Et pourtant dans le top 10 des plus gros pollueurs (en valeur absolue et en comptant l’UE comme un bloc), figurent 7 pays émergents: l’Iran, le Mexique, l’Inde, la Chine, le Brésil, l’Indonésie et la Russie.

Les chiffres clés

196 pays seront représentés à la Conférence Climat de Paris. Plus de 80 chefs d’Etats seront sur place.

Les 10 plus gros pollueurs de la planète (dans l’ordre : Chine, USA, U.E, Inde, Russie, Japon, Brésil, Indonésie, Mexique, Iran) sont responsables de plus de 70% des émiswions de gaz à effet de serre (GES).

A l’opposé, les émissions des 100 pays les moins pollueurs ne représentent que 3% des émissions totales.

Entre 1900 et 2010, les émissions mondiales de GES ont augmenté de 30%.

Le secteur le plus pollueur est celui de l’énergie, qui représente 75% des émissions, loin devant l’industrie ou l’agriculture.

82% du mix énergétique mondial reste à base d’énergies fossiles, comme le charbon, le gaz et évidemment le pétrole.

La Chine et les Etats-Unis comptent à eux deux près de la moitié des émissions totales de GES.

Mais un américain pollue 4 fois plus qu’un chinois, 8 fois plus qu’un indien ou qu’un costa ricain et 2 fois plus qu’un allemand.

En 2012, pour favoriser la culture d’huile de palme, l’Indonésie a abattu plus de 800 000 hectares de forêts. C’est deux fois plus que le Brésil.

Dans le même temps, le Costa Rica est parvenu à retrouver une couverture forestière de plus de 60% quand celle-ci n’était plus que de 20% dix ans auparavant. Quant à sa production électrique elle est désormais constituée de 100% de renouvelables.

Le Canada est le pays du top dix le plus pollueur proportionnellement à sa population. Un canadien émet 40 tonnes de CO2 par an. Contre 7t pour un français.

La Suède est le pays développé le moins pollueur proportionnellement à sa population, avec 5t/habitant.

La France possède le second plus grand parc nucléaire au monde, derrière les États-Unis. Mais le nucléaire représente 75% de la production d’électricité en France.

Les plus gros pollueurs en valeur absolue:

Les plus gros pollueurs proportionnellement à leur population:

Pourquoi celle de paris plus qu’une autre ?

Si la COP15 de Copenhague a pu être qualifiée d’échec total (citation), elle a tout de même accouché d’une anticipation d’accord à trouver justement 6 ans plus tard, à Paris. C’est pourquoi tous les regards se portent sur la capitale française, où la conférence climat est perçue comme l’accord de la dernière chance.

Qui sera à la cop21 ?

Tout le monde. Tout le monde (ou presque) sera à Paris pour négocier un accord, et c’est bien là l’intérêt de la chose. Représentés par leurs ministres, leur chef d’Etat et leurs hauts fonctionnaires, les plus gros pollueurs (Chine, U.S.A, Qatar, Canada…) comme les plus vertueux (le Costa Rica et la Suède et Allemagne dans une certaine mesure), en passant par les victimes collatérales comme les îles Kiribati qui n’ont pas hésité à racheter 20 kilomètres carrés de terres aux Fidji, en anticipation d’une obligation de migration dans le cas où l’île viendrait à être submergée.

Deux semaines,  mais pour quoi faire ?

Deux semaines pour négocier un accord mondial et contraignant. Deux semaines pour convaincre les pays de la planète de limiter leur émissions de GES, de sorte que les hausses des températures prévues pour le siècle qui se dresse devant nous ne dépassent pas les 2 degrés. Le dernier rapport du GIEC faisait état d’une potentielle hausse globale des températures de 0.3 à 4.8 degrés ! Selon eux, au délà de 2 degrés de hausse, les conséquences seraient drastiques : augmentation du niveau de la mer, catastrophes naturelles plus nombreuses et surtout plus puissantes, déséquilibrage des éco-systèmes, de la biodiversité et donc des récoltes. S’en suivront d’inévitables conflits internationaux et autres vagues migratoires déstabilisant un peu plus notre petit monde. Deux semaines pour tenter de faire aboutir des mois de négociations en coulisses qui ont vu des dizaines de poignées de mains au fil des multiples voyages réalisés par les chefs d’Etats des uns et les ministres des autres. D’ailleurs, la dernière visite de François Hollande en Chine il y a moins de deux semaines s’est conclue par une note positive, vers un accord potentiellement « contraignant », comme l’a fait rappelé Laurent Fabius à John Kerry ce jeudi 12 novembre en répondant à son tweet.

La COP21, ce n’est pas que des négociations, des conférences et des exposés scientifiques, c’est aussi la participation de la société civile et de nombreuses organisations et associations. Notre article sur les « 10 événements plus sexy que la COP21 » à retrouver (je l’espère) sur l’express.fr très bientôt.

concretement, y’a vraiment de l’espoir?

Si un accord réellement ambitieux et contraignant n’était pas adopté on pourrait toujours compter sur quelques éléments d’optimismes qui préfigurent une transition écologique lente mais bien réelle. D’abord, les énergies renouvelables sont de moins en moins coûteuses et parviennent même à rivaliser avec les énergies traditionnelles. Le coût du solaire a considérablement baissé, quand la recherche pour de nouvelles technologies et énergies propres augmente et reçoit de plus en plus de fonds et d’intérêt économique et médiatique.

Selon Pascal Canfin, dans le monde, 56% des nouvelles installations de production énergétique produisent des renouvelables. On espère même que la tendance se poursuive jusqu’à 80% ou plus des nouvelles capacités de production.

Dans le même temps, les coûts de production d’électricité à base d’énergies fossiles ne cessent d’augmenter. Cette tendance à la hausse du prix des énergies traditionnelles quand celle des renouvelables est à la baisse, est notamment dû au fait qu’il faille aller chercher toujours plus loin et toujours plus profond ces énergies. Dernier flop en date, le projet de forage pétrolier en Arctique par Shell et financé par le gouvernement américain à hauteur de 5 milliards de dollars. Cette folie a finalement pris fin face aux prix exorbitants d’une telle opération alors même que les cours du barils s’effondraient. Toutefois la fonte progressive des glaces n’augurent pas un avenir tout à fait paisible au nouveau continent émergent.

Pour le moment, les contributions émises par les différents participants ne suffisent à priori pas à limiter le réchauffement en deçà des 2 degrés fatidiques. Certaines contributions (les engagements et objectifs de l’Arabie Saoudite, du Soudan, ou du Sri Lanka restent notamment à examiner) sont encore en cours d’examen et on peut espérer que la réunion de Paris saura relever les ambitions des pays du globe. Pour suivre les détails des contributions en cartographie, c’est par ici.

A titre d’exemple, l’Union Européenne s’est engagée d’ici à 2030 à réduire ses émissions de GES de 40% comparé à ses émissions de 1990.

Moins ambitieux, les Etats-Unis promettent de réduire leurs émissions de 26 à 28% en 2025 par rapport à 2005. Les autres ont présenté des plans d’actions divers et plus ou moins claires permettant de réduire leurs émissions.

L’Inde par exemple annonce vouloir :

  1. Favoriser le développement durable grâce à des investissements orientés « green business ».
  2. Adopter un chemin plus éco-responsable que celui emprunté jusqu’alors.
  3. Réduire de 33 à 35%  l’intensité énergétique de son PIB (i.e: le taux d’émissions de GES par unité du PIB produite)
  4. D’atteindre, d’ici à 2040, une production électrique à 40% d’origine non fossile grâce à au transfert de technologie prévu par la Convention-cadre et les fonds accordés par le Fonds International pour le Climat.
  5. D’absorber jusqu’à 3 milliards de tonnes de CO2 d’ici à 2030, grâce à la reforestation etc.

DES SOLUTIONS À PORTÉE DE MAIN

Accélérer le processus de reforestation, ralentir la déforestation et réduire notre consommation globale, adopter des petits gestes éco-responsables, favoriser les matières recylables, favoriser les sources d’énergies naturelles comme la géothermie, l’éolien ou le solaire, optimiser les configurations urbaines et d’habitat, optimiser nos modes de déplacements…La liste est longue. Très longue. Mais chacune de ces solutions implique des changements plus globaux, sur notre façon d’appréhender le développement économique et a fortiori de nos modèles d’organisation sociale. Il faut penser et repenser l’Homme. Retrouver un nouvel élan, un nouvelle place dans notre environnement. Et ça ce sera tout sauf facile, ni pour nos dirigeants politiques ni pour nous autre citoyens, habitués à notre confort actuel. Toutefois, réduire les émissions de GES ne se limite pas au ralentissement pur et simple de notre croissance économique. Celle-ci pourrait même trouver un nouvel élan dans les nouvelles technologies (pas toutes écologiques ni économiques pour autant) et dans de nouveaux modèles de production et de consommation, simplement plus « éco-responsables » et plus mesurés, plus respectueux de l’environnement.

Le détail des solutions proposées par Pascal Canfin, ex ministre du développement durable dans le prochain article.

Sources:

World Ressources Institute, Enerdata, Agence Internationale de l’Energie, cop21.gouv.fr et le livre de Pascal Canfin et Peter Staime « 30 questions pour comprendre la conférence de Paris » aux éditions Les Petits matins (et évidemment neutre en carbone!).


 

Pour tout comprendre beaucoup mieux et beaucoup plus vite :
L’épisode long-métrage de DataGueule Spécial 2°C avant la fin du monde:

 

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2 réflexions sur “Paris Climat 2015 : La COP21 pour les nuls

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