Une intelligence artificielle à la tête de la première puissance mondiale ?

Contre toute attente, le pseudo candidat à la présidentielle généré par l’informaticien américain IBM est tout sauf froid et machinal. Au contraire, tout au long de son programme présidentiel, l’IA fait preuve d’un incroyable attachement à l’humain, au social et à la justice.

Watson for President

Watson2016.org. Le site du candidat à la présidentielle Watson ressemble à tout ce qu’il y a de plus normal pour un site officiel. Sur fond de Maison-Blanche, quatre onglets des plus standards : Apprendre, Défis et enjeux, Media, Social, et Dons.

Curieux, nous cliquons sur l’onglet « Défis et Enjeux ».

Apparaît donc une liste des problématiques présentées comme cruciales pour l’avenir du pays :

  • Mise en place d’un système de santé à paiement individuel.
  • Accès gratuit à l’éducation supérieure.
  • Supprimer le mal logement.
  • Légalisation et régulation de l’usage récréatif des drogues.

Des problématiques pour le moins communes mais qui ont été soulevées d’une manière très étonnante : informatiquement.

D’après le site « la décision politique ne se fait pas au travers d’un paragraphe listant un à un les défis qui se lève devant le pays mais plutôt un réseau de systèmes inter-connectés qui s’affectent les uns et les autres« .

Prenez le terrorisme, certains diront qu’il s’agit exclusivement d’une affaire de sécurité nationale. D’autres évoqueront comme la conséquences es politiques sociales insuffisantes quand d’autres encore diront que c’est plutôt d’un problème d’éducation dont il retourne. Cela nous fait déjà trois domaines d’intervention publique différents, sans compter celui du religieux.

Les hommes politiques, en pleine campagne électorale se délecteront de ce sujet d’actualité en l’évoquant principalement d’un point de vu unique : religieux et sécuritaire pour certains, social et éducatif pour les autres.

De son côté, Watson n’aura que faire de l’incidence psychologique que la mise en avant de cette problématique aura sur son électorat, il se contente d’en analyser scrupuleusement les tenants et les aboutissants.

Chacune de ses décisions politiques sera évaluée non pas à la lumière de son effet placebo sur l’électorat et les citoyens d’un pays donné, mais sur sa faisabilité technique et ses conséquences effectives dans une multitude de domaines : économique, environnemental, social, médical…

Une prouesse technique qui a été réalisée par la Fondation Watson 2016 et son programme informatique Watson. L’objectif de la Fondation étant de vanter les mérites de son IA en matière de prise de décision. Si le fantasme d’une prise de décision désintéressée et technocratique semble chaque année plus proche de la réalité, les leaders n’en restent pas moins des êtres humains, sensibles à d’autres facteurs que les seuls indicateurs économiques, mais également soumis aux pressions de groupes qui, eux, ne sont pas forcément désintéressés.

Les créateurs de Watson croient fermement « que ses capacités uniques à traiter l’information et à prendre des décisions éclairées et transparents font de lui le candidat idéal pour devenir président« .

Pour mettre sur pied leur candidat idéal, les ingénieurs d’IBM ont mobilisé un grand nombre de techniques d’apprentissage pour nourrir le programme de gigabytes et de tetrabytes de données informatiques diverses et variées.

Concrètement, Watson fonctionne avant tout comme un chatbot (très) intelligent. Vous lui posez une question, il la décortique et en retire les éléments clés, les passe au crible des milliards d’informations qu’il a pu digéré avant de délivrer une réponse éclairée. « Plus de 100 techniques ont été utilisées pour analyser le langage naturel, identifier des sources, trouver et générer des hypothèses, identifier des évidences et classer ces hypothèses » explique IBM.

Ainsi, grâce à la montagne de données qui lui ont été soumises, Watson est capable de déterminer des tendances en terme d’emploi, de marchés, de taux d’intérêt, de pauvreté… et donc d’évaluer chaque décision en la confrontant à chacun de ces domaines.

Si la pseudo candidature d’un programme informatique à la Maison-Blanche apparaît comme l’ultime et rêvé (ou cauchemardesque, c’est selon) aboutissement d’un long processus de technicisation de la politique et de la prise de décision, celui-ci se démarque néanmoins par l’humanisme de ses promesses de campagnes. Le procédé de consultation du peuple est tout sauf humain, puisqu’il a été effectué de façon informatique et mathématique, mais le résultat n’en demeure pas moins frappant d’humanisme.

Une MACHINE tout ce qu’il y a de plus progressiste

Après mûre réflexion, le robot d’IBM a donc déterminé les quatre grandes décisions qui rendraient « le pays compétitif à grande échelle » : système de santé à paiement individuel, accès gratuit à l’éducation supérieure, lutte contre la pauvreté, légalisation des drogues.

Au-delà de ces mesures sociales, Watson a généré une liste de mesures plus concrètes et matérielles destinées à redresser le pays :

  • La transition énergétique : du fossile et nucléaire au tout renouvelable.
  • L’entretien et le remplacement des autoroutes, ponts et barrages,
  • L’Amélioration et financement du réseau de transports métropolitain pour le prochain siècle.
  • La construction et le financement de réseaux de télé-communications à grande vitesse. On soupçonne ici les les traces du lobbying d’IBM ;)…
Sacré progressiste ce Watson !

D’après lui, « remettre nos infrastructures sur pied comme ce n’a plus été le cas depuis les années 1930 donnera du travail à des milliers de personnes, améliorera notre environnement grâce à des usines à énergie propres et participera à l’élévation d’une nouvelle classe moyenne à travers le pays« .

Et ce n’est pas tout.

En terme de travail, le programme de Watson est aux antipodes de ce que propose la majorité de la classe politique actuelle, aux États-Unis comme en Europe, soulignant « que nous avons la responsabilité d’être attentifs aux droits de l’Homme, aux conditions de travail, aux salaires, à la sécurité et à l’environnement des citoyens des nations avec lesquelles nous traitons« . Non seulement le bonhomme veut améliorer les conditions de vie et de travail des bons américains, mais également celles des hommes avec lesquels ces-derniers sont amenés à collaborer (Hello Trump). Un programme qui détone par ses accents mis sur l’aspect humain de l’organisation de la société, à des années lumières de ce qu’on attendrait d’un programme informatique censé optimiser les mécanismes partout où il le peut. La preuve en trois mesures clés :
  • Assurer un salaire minium qui permette de vivre décemment.
  • Assurer des conditions de travail sûr et justes.
  • Assurer des protections environnementales d’ordre mondial.

De là à ce qu’une intelligence artificielle dirige la première puissance mondiale, il y encore du chemin. Et cela n’arrivera probablement jamais. Ce à quoi no peut s’attendre, par contre, c’est de voir les prochains présidents recourir à ce type de programmes informatiques, spécialement conçus pour la prise de décision dans divers domaines où l’expertise technique prime. Ainsi, le président ou ses conseillers disposeront des meilleurs éléments de réponse à un enjeu politique, économique ou social : Bonjour Watson, si je supprime 5000 postes dans tel entreprise, quelles seront les conséquences sur l’emploi dans la région ? Les apports sur la compétitivité de ladite entreprise ?

Ainsi, le décisionnaire pourra prendre une mesure en connaissance de cause : si je vire 5000 personnes, ce sera meilleur pour l’entreprise mais pas pour la ville où elle est implantée, ou inversement, le bénéfice sur la compétitivité sera supérieur à l’impact négatif qu’une telle mesure aurait sur l’emploi dans la ville, je peux donc prendre cette décision sans crainte.

A l’arrivée, on en revient encore et toujours au choix politique. Il reviendra au décisionnaire de privilégier l’entreprise ou les habitants, mais il ne pourra pas affirmer qu’il n’était pas au courant.

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